800 000 tonnes de pommes de terre dorment encore en stockage. Le prix s’effondre. Et si une bonne part de la récolte finissait à la poubelle, ce ne serait pas seulement une perte économique. Ce serait une perte pour des familles, pour des filières entières et pour la planète.
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Pourquoi le prix s’effondre
Sur le marché libre, la tonne de pommes de terre se négocie aujourd’hui autour de 10 euros. C’est très bas. L’an dernier déjà, le tarif s’était affaissé vers 15 euros. Ces niveaux ne couvrent souvent pas tous les coûts de production.
Plusieurs forces poussent les cours vers le bas. La concurrence asiatique propose des tubercules moins chers sur certains segments. Par ailleurs, des décisions politiques à l’étranger, notamment la politique commerciale américaine récente, modifient les flux d’échanges et la demande internationale. Ces facteurs combinés réduisent les débouchés et font pression sur les prix.
Qui est réellement concerné ?
Il faut distinguer deux mondes. D’un côté, la plus grande part de la récolte est vendue sous contrats aux transformateurs et à la grande distribution. Ces ventes couvrent la période septembre‑juin et stabilisent des volumes importants.
De l’autre côté, environ 20 à 25 % de la production passe par le marché libre. Ce segment est plus exposé aux variations immédiates des cours. Ce sont ces volumes qui subissent aujourd’hui la plus grosse baisse de valeur.
La menace : 800 000 tonnes au risque du gâchis
Une quantité considérable reste en stockage dans des entrepôts frigorifiques. Tant que la demande ne remonte pas, ces tubercules occupent de l’espace et coûtent. Sans débouché, beaucoup risquent d’être détruites ou jetées. Le spectacle d’un champ ou d’un hangar plein de nourriture gaspillée choque et inquiète.
Quelles réponses possibles pour les producteurs ?
- Optimiser le stockage : améliorer la conservation pour étaler les ventes sur plusieurs mois et limiter les pertes qualitatives.
- Diversifier : ne pas compter uniquement sur les gros contrats. Transformer une partie de la récolte en produits longue conservation (chips artisanales, pommes de terre déshydratées) peut ajouter de la valeur.
- Mutualiser les ventes via des coopératives pour négocier de meilleurs prix et réduire les coûts logistiques.
- Explorer de nouveaux marchés : marchés locaux, RHD (restauration hors domicile) ou circuits courts peuvent absorber des volumes qui n’intéressent pas l’export.
- Adapter les variétés : cultiver des tubercules demandées par l’industrie de transformation ou par le consommateur pour limiter les invendus.
Le rôle des pouvoirs publics et des acteurs de filière
Les autorités peuvent agir. Des aides ciblées pour le stockage et la transformation réduisent le risque de gâchis. Des mesures temporaires d’achats publics ou d’incitations à la transformation locale peuvent stabiliser les prix.
Les transformateurs et la grande distribution ont aussi leur part de responsabilité. Des contrats plus souples et des plans d’achats qui intègrent l’excédent saisonnier permettraient d’éviter des surplus jetés.
Ce que vous pouvez faire en tant que consommateur
Vos choix comptent. Acheter des pommes de terre de saison, privilégier les circuits locaux, ou accepter des variétés moins « parfaites » aide à réduire le gaspillage. Une consommation plus diversifiée incite les producteurs à adapter leurs cultures.
Parfois, une initiative collective fonctionne mieux. Un groupe d’achats, un marché fermier ou une association locale peuvent absorber des lots que la grande distribution refuse.
Un tournant nécessaire
La situation est tendue, mais pas désespérée. Il faudra des décisions rapides et coordonnées. Producteurs, transformateurs, décideurs et consommateurs doivent repenser les flux et la valeur de la pomme de terre.
Si vous suivez la filière, surveillez les annonces sur les aides au stockage et les appels à transformation. Et si vous connaissez un producteur, proposez-lui un débouché local avant que les stocks ne deviennent invendables.


